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Politique canadienne

Carney lance le « Plan pour un Canada plus fort » : première stratégie de sécurité nationale depuis plus de 20 ans, la sécurité économique au même rang que la défense

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Le premier ministre Mark Carney a lancé le 29 octobre à Ottawa le Plan pour un Canada plus fort, première stratégie de sécurité nationale du Canada depuis plus de 20 ans, articulée autour de cinq priorités — sécurité économique, politique étrangère diversifiée, reconstruction des Forces armées, sécurité publique et renseignement modernisé; Ottawa convoquera une réunion des premiers ministres sur la sécurité nationale et présentera des propositions de modernisation législative dans l'année.

Le premier ministre Mark Carney a lancé le 29 octobre à Ottawa le Plan pour un Canada plus fort. Il s'agit de la première stratégie de sécurité nationale du Canada depuis plus de 20 ans — la dernière politique globale de sécurité nationale remontait à Protéger une société ouverte, publiée par le gouvernement libéral en 2004. Le Cabinet du premier ministre l'a dit sans détour : le monde devient plus dangereux et plus divisé, l'ordre international fondé sur des règles s'érode, et le Canada fait face à des menaces allant des cyberattaques à l'instrumentalisation des accords commerciaux. La frontière entre sécurité économique et sécurité nationale, affirme-t-il, a disparu.

En une phrase : la souveraineté ne se résume plus aux frontières et aux armées

L'argument central du plan est que le sens de la souveraineté a changé : il ne suffit plus pour un pays de se nourrir, de se chauffer et de se défendre. La sécurité dépend désormais aussi de la force de l'économie, de la résilience des institutions et des partenariats avec les alliés. Carney a déclaré que, dans un monde qui change rapidement, plus dangereux et plus divisé, le Canada doit avoir la capacité de défendre sa souveraineté, la résilience pour résister aux menaces émergentes et la détermination de façonner son propre avenir. Le plan rassemble dans un même cadre les principes qui guident la politique étrangère et intérieure du gouvernement depuis un an et demi, avec une vision affichée : un Canada maître de son destin et résilient face aux pressions extérieures.

Les cinq priorités

Premièrement, renforcer la sécurité économique et la résilience : transformer les industries stratégiques par des investissements historiques, sécuriser les chaînes d'approvisionnement, maximiser la sécurité énergétique et investir dans l'innovation canadienne, pour faire du Canada un chef de file mondial dans les industries essentielles. Deuxièmement, mener une politique étrangère disciplinée : approfondir la coopération avec des partenaires aux vues similaires dans l'ensemble des capacités stratégiques, en diversifiant le commerce et les partenariats plutôt qu'en misant la sécurité sur un seul pays. Troisièmement, reconstruire et renforcer les Forces armées canadiennes : changer la façon dont la défense est financée, accélérer les acquisitions, mettre en œuvre la Stratégie industrielle de défense par l'entremise de l'Agence d'investissement pour la défense, renforcer la sécurité dans l'Arctique et atteindre les objectifs de NORAD et de l'OTAN. Quatrièmement, protéger les Canadiens et renforcer la sécurité publique : collaborer avec tous les ordres de gouvernement, les peuples autochtones et les communautés du Nord pour contrer l'ingérence étrangère, l'espionnage, l'extrémisme violent et le crime organisé transnational, y compris le sabotage, l'extorsion, la fraude, l'exploitation en ligne, la criminalité financière, le blanchiment d'argent et le contournement des sanctions. Cinquièmement, moderniser le renseignement : renforcer les capacités souveraines de renseignement, approfondir et diversifier les partenariats en matière de renseignement, et actualiser les autorisations pour tenir compte de l'évolution des menaces et des technologies, tout en protégeant les droits des Canadiens.

Des engagements concrets déjà consignés

Le plan s'accompagne de plusieurs engagements vérifiables ultérieurement. Le premier ministre convoquera une réunion des premiers ministres sur la sécurité nationale afin de renforcer la coordination entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux. Le budget de 2025 prévoyait 10,9 milliards de dollars sur cinq ans pour moderniser l'infrastructure numérique du ministère de la Défense nationale, des Forces armées canadiennes et du Centre de la sécurité des télécommunications Canada, afin de renforcer la cyberdéfense. Au cours de la première année du plan, le gouvernement fédéral présentera des propositions visant à moderniser la législation sur la sécurité nationale; par la suite, le plan sera mis à jour au moins tous les quatre ans.

Ce qu'il faut surveiller ensuite

Une stratégie se juge en définitive à son exécution. Le ministre de la Défense David McGuinty, la ministre des Affaires étrangères Anita Anand et le ministre de la Sécurité publique Gary Anandasangaree ont chacun insisté sur les investissements dans l'armée, le renseignement, la sécurité économique, les infrastructures essentielles et les partenariats — mais le lancement ne s'est pas accompagné d'une ventilation complète des dépenses, de sorte que le véritable test sera de savoir si les budgets, la législation et les acquisitions suivront. L'accent mis par le plan sur l'autonomie stratégique et la diversification des partenariats signifie aussi que le positionnement du Canada vis-à-vis de ses alliés traditionnels, au premier rang desquels les États-Unis, restera sous observation : l'autonomie n'est pas l'éloignement, mais la façon dont Ottawa équilibrera les deux déterminera si cette stratégie est un slogan ou un tournant.

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