Le lac Pink en automne
2026-10-15
L'après-midi de l'Action de grâce, je suis allé au lac Pink, dans les collines de la Gatineau. À cette heure-là, un jour ordinaire, je serais encore sur la route, le volant entre les mains du matin au soir, à livrer colis après colis — mon temps aux autres, mon rythme dicté par les portes des autres. Il est rare d'avoir un après-midi les mains vides et le pas libre ; alors je suis allé marcher au bord du lac.
On l'appelle le lac Pink, le « lac rose », et pourtant il n'a rien de rose. Son nom vient d'une famille qui, autrefois, a défriché et cultivé ces terres ; il n'a rien à voir avec la couleur. En automne, toute la colline se resserre autour de lui : les érables rougis, les bouleaux jaunis, les pins encore d'un vert profond, couche après couche, enclosent l'eau. Le lac semble recueillir toutes ces couleurs et les déposer en silence dans ses profondeurs.
Il y avait de la brume, ce jour-là. Depuis le belvédère de la promenade en bois, le lac s'étendait uni comme un miroir fraîchement poli ; la lumière était d'un gris pâle, les ombres des nuages sombraient dans l'eau, et l'on ne savait plus où finissait le ciel, où commençait le lac. Sur la rive proche, un arbre avait perdu presque toutes ses feuilles ; ses branches tendaient vers l'eau, comme quelqu'un qui commence à parler puis s'arrête. Au loin, sur la promenade, deux ou trois visiteurs semblaient tout petits ; leurs voix ont flotté un instant sur la surface avant que la brume ne les reprenne.
J'ai longé lentement le sentier du rivage. Quand le vent se levait, le lac se ridait, et toutes les couleurs reflétées se brisaient en fines écailles scintillantes ; quand le vent tombait, les rides se refermaient centimètre par centimètre, remettant les collines en ordre, comme si rien ne s'était passé. Les branches des pins pendaient au bord du chemin, leurs aiguilles perlées d'humidité ; un arbuste sans nom portait des feuilles moitié rouges, moitié vertes — comme une vie à mi-parcours : une moitié déjà brûlée d'éclat, l'autre encore verte, et chacune a sa raison d'être.
Debout là, devant tout ce calme, je me suis dit qu'une année encore touchait à sa fin. Au fil de mes tournées de livraison, j'ai vu cette ville à toutes ses aubes : sous la neige, sous la pluie, avant même la lumière. La vie nous pousse en avant ; les occasions de s'arrêter sont rares. Mais aujourd'hui, je n'avais rien à livrer, nulle part où me hâter ; je pouvais simplement regarder la brume avancer lentement sur l'eau et les feuilles tomber lentement. Un après-midi comme celui-là, en vérité, est un luxe. L'Action de grâce — peut-être est-ce là, la grâce : après un si long chemin, pouvoir encore s'arrêter au bord d'un lac, et garder en soi un peu de silence.
Au retour, la brume s'était un peu levée ; les collines de l'autre rive apparaissaient couche après couche, plus nettes qu'à mon arrivée. Le ciel était toujours gris, mais la brume en moi, elle aussi, semblait s'être un peu dissipée.


N環球 